Sasha s'était enfermée dans le laboratoire pour dormir. Il fallait dire qu'ils avaient pensé à tout en lui installant un lit pour qu'elle puisse se reposer tranquillement. Mais elle savait que ça ne durerait pas, surtout si elle devait rester et, après ce qu'elle avait vu, elle ne pouvait partir sans rien faire.
Certes, elle n'était qu'une assistante en biologie mais comment pourrait-elle fermer les yeux sur les barbaries qui se passaient ici ? Rien que d'y penser, elle en frissonnaient encore. Le docteur Huang lui avait bien dit qu'il y avait une espèce de hiérarchie mais elle ne pensait pas qu'elle serait si archaïque. Les forts d'un côté et les faibles de l'autre. Mais surtout un chef pour régner sur tout ça, Show Luo.
Elle ne l'aimait pas, elle ne l'avait pourtant vu que quelques minutes mais il lui avait donné une mauvaise impression. De plus son air arrogant... C'était vraiment le genre de personne qu'elle détestait le plus. Zitao lui avait dit qu'il s'était imposé en tant que chef et avait mis en place cette communauté.
— Si vous voulez quelque chose, vous devez passer par lui.
— Comment ça ?
— Il gère tout ici et même si vous êtes médecin, vous aurez du mal à vous faire respecter. Et n'oubliez pas...,
— Je sais, je suis un homme...
Avant de partir les mails ne cessaient de répéter qu'elle devait se couper les cheveux et qu'elle devait ressembler à un homme. Elle ne savait pas trop pourquoi mais avait décidé de jouer le jeu et heureusement car elle avait vu tous ses hommes la dévisager comme un vulgaire bout de viande...
Zitao l'avait gardée près de lui en précisant bien que Sasha était "le" biologiste qui devait s'assurer que tu ailles bien pour eux. Personne ne devait y toucher et il avait même eu un accord avec Show Luo.
— Je me demande bien ce que Huang Zitao a pu promettre à cet homme pour avoir la paix... demanda-t-elle à haute voix au plafond du laboratoire. J'espère que ce n'est pas...
Elle repensa à ce qu'elle avait découvert, ce qu'elle avait vu, ce que le médecin avait dû lui montrer. Jamais elle n'aurait cru ça possible, jamais dans un monde civilisé. Mais ce monde dans lequel elle venait de débarquer n'avait plus rien de civilisé, les forts avaient pris le dessus sur les faibles
— Qu'est-ce que c'est ? avait-elle demandé lorsqu'ils étaient arrivés à hauteur d'une pièce d'où était sorti un homme avec un sourire béat.
— Vous ne voulez pas savoir.
— Si, je le veux, je veux comprendre ce qu'il se passe.
Sasha avait posé la main sur la poignée pour la tourner, Zitao essayant de l'en empêcher mais trop tard, la porte s'était ouverte et elle avait vu ce qui s'y passait.
— Dîtes-moi que ce n'est pas ce que je crois... ?
Mais le docteur Huang ne répondit pas. Ce qu'ils avaient vu suffisait à répondre à la question à la jeune biologiste. Comment poser une autre question lorsque l'on voyait une dizaine d'hommes au visage quelque peu fin, en train de...
— Pourquoi vous ne faîtes rien ?!
Sasha était en colère mais surtout exaspérée. Chez elle on appelait ça un viol. Ils étaient filmés, surveillés et personne ne faisait rien ? Personne ne disait rien et laissait faire ?
Elle voulut pénétrer dans la pièce pour empêcher ça mais le médecin l'en empêcha. Si elle le faisait, elle se ferait sûrement démasquer et ce n'était pas ce qu'il fallait.
— Vous devez être forte et passer votre chemin.
— Je ne peux pas laisser passer ça !
Tout en prononçant ces paroles, son regard croisa celui de cet jeune homme. Il y avait tellement de peine dans ses yeux que son cœur se fendit. La jeune femme ne pouvait laisser passer ça, ces hommes subissaient des violences sexuelles et étaient forcés à avoir des relations juste pour leur bon plaisir ?
Sasha savait ce qu'on ressentait et elle ne le souhaitait à personne, pas même à sa pire ennemie. Malheureusement, Zitao avait raison et elle le savait. Soit elle prendrait place avec les "faibles" soit avec les "forts" et dans les deux cas, elle serait sûrement mise à nue. Malgré tout elle se promettait de revenir les voir et de les aider, surtout lui.
Oui, c'est ce qu'elle s'était dit et c'était pour ça qu'elle se releva de son lit d'appoint. Mais avant de rejoindre cette pièce, elle voulait retrouver le médecin pour lui demander ce qu'il avait promis à ce Show Luo car elle ne supportait pas qu'on prenne soit d'elle comme ça. Après tout elle était assez grande et savait ce qu'elle avait à faire et si cette promesse lui avait mis en danger, jamais elle ne s'en remettrait.
— Allez Sasha, va te préparer au cas où !
Elle remit ses bandes au niveau de la poitrine pour la serrer un maximum avant d'enfiler une chemise et un jean. Elle prit un air sévère, respira un grand coup et sortit du laboratoire en prenant soin de le refermer à clef. Elle ne risquait rien alors ça devait aller. Du moins, elle l'espérait fortement.
— On se fait une petit ballade ?
Son cœur ne fit qu'un bond. A peine eut-elle franchi la porte qu'un homme au regard transperçant l'attendait. Il était collé au mur, les bras croisés, attendant sûrement depuis un moment.
— Oh... que... que voulez-vous ?
— Rien de spécial. J'aime bien être ici, je trouve l'endroit intéressant.
— Quoi, dans les profondeurs de la cave ?
L'homme s'approcha de Sasha qui ne bougea pas d'un centimètre. Elle avait peur mais se devait de ne pas le montrer pour garder son rôle à la perfection. De plus, elle avait l'immunité et tout le monde le savait.
— Vous devriez faire attention docteur, votre visage pourrait bien se retrouver dans cette salle, avec les autres.
— Les autres... Ceux que j'ai vu, c'est bien ça ?
— Pourquoi vous êtes là ?
— Pour prendre des échantillons.
Sasha était mal à l'aise, la proximité de cet homme la rendait nerveuse et elle ne savait plus comment agir. Si seulement Zitao était là... Mais elle devait y faire face seule.
— Vous ne saviez pas n'est-ce pas ? Vous ne saviez pas ce qui se passait ici avant d'arriver ici.
— Pourquoi vous dîtes ça ?
— Je vous ai observé tout à l'heure et j'ai vu comment vous avez réagi. Nous sommes surveillés depuis notre arrivée, surveillé et écouté. Je le sais car j'ai trouvé les caméras et les micros. J'en ai d'ailleurs neutraliser quelques-uns grâce à mon talent inné pour lequel je suis ici.
— Attendez, je ne comprends pas tout. Comment ça votre talent qui vous a valu d'être ici ? Vous avez accepté de faire ces tests, non ?
L'homme éclata de rire.
— Alors c'est ça qu'ils vous racontent de l'autre côté ? Que nous avons accepté leur expérience ? Pensez-vous vraiment que nos "femmes" ont décidé de se faire maltraiter ainsi ? Pensez-vous réellement qu'ils aient voulu ce qui leur arrive ?
Elle ne dit rien. En même temps que pouvait-elle dire ? Elle ne savait rien avant d'arriver ici et maintenant... Sasha ne pouvait imaginer ce qui se passait alors que le professeur Palmer le savait depuis le début. Il savait et il n'avait rien fait, les laissant se débrouiller entre eux, les laissant faire souffrir les plus faibles.
— Je... je suis désolée, répondit la biologiste en baissant la tête.
— Nous sommes des repris des justices et c'est pour ça que nous avons été choisi pour cette expérience. Savez-vous pourquoi ils ont été choisi ? demanda l'homme en face de Sasha.
Cette dernière secoua la tête négativement.
— Parce qu'ils sont faibles, voilà pourquoi. Ils n'ont su se défendre quand il le fallait et regardez ce qu'ils sont devenus, des objets sexuels.
— Et personne n'a rien, personne n'a dit ou fait quoique ce soit ? Vous êtes aussi pourris que ceux qui vous ont mis ici. Peut-être que vous êtes de vrais criminels.
La jeune biologiste faisait mine de prendre le dessus sur cet homme, lui montrant qu'elle n'avait pas peur de lui alors qu'en réalité, elle n'avait qu'une envie, fuir.
— J'avais un frère ici mais il est mort et pour survivre, il faut être au dessus des autres. Le médecin a fait en sorte que vous soyez placé en sécurité et ce n'est pas un mal mais... Savez-vous contre quoi cette immunité est dû ?
Sasha ne dit mot, en avait-elle vraiment envie ? Elle s'était relevée pour ça, pour savoir ce qu'il avait échangé contre sa liberté mais à entendre cet homme qui se tenait devant elle, elle n'en était plus sûre à présent.
— Si vous voulez savoir ce qu'il en est, vous pouvez aller jeter un œil dans la chambre de Show Luo. Mais, je vous le déconseille.
Il sourit avant de faire un demi-tour et de commencer à partir.
— Au fait, je m'appelle Nishido Ryou.